L’écrivain : un être physique, social et mental

Bien que la maison d’édition Les Six Brumes ne soit pas à la recherche de manuscrits d’ici 2010, voici quelques conseils pour vous guider dans votre relation au monde de l’édition.

Avant d’aller plus loin cependant, prenez le soin de considérer le fait suivant : publier est un privilège et non un droit. L’éditeur, qui prend des risques et investit de l’argent dans la publication de l’un de vos récits, le fait en fonction d’une relation de confiance. S’il a décidé de pousser de l’avant l’une ou l’autre de vos histoires, c’est qu’il y voit non seulement un bon récit, mais aussi un auteur complet, soit un être à la fois physique, social et mental.

Nous reverrons tout cela plus loin.

1. Découvrez le milieu de l’édition

La barrière séparant l’écrivain non-publié de l’auteur consacré semble bien grande. Et pourtant, il s’agit souvent moins d’être né avec une cuiller en argent dans la bouche que d’avoir développé des talents adjacents à l’écriture. Comment réussit-on à se faire publier? En lisant, en socialisant, en étant créatif et en état capable de vendre son univers au lectorat, sans même l’avoir publié.

Lisez, bon sang! Trop d’auteurs pensent qu’ils méritent d’être publiés, mais crachent sur les collections des éditeurs qu’ils sollicitent et ne prennent jamais la peine de lire des ouvrages québécois ou francophones. Beaucoup d’auteurs sont de moins bons lecteurs que l’auditoire qu’ils visent, ce qui est assez contradictoire. Lisez, lisez et, surtout, essayez autre chose que Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux. Un bon auteur devrait connaître davantage la littérature que la moyenne des lecteurs, collectionneurs fanatiques exceptés. Lire est un excellent moyen de faire travailler son imagination et de livrer, au final, des histoires plus intéressantes.

Cessez de regarder votre nombril! Trop d’écrivains pensent que le monde leur est dû et que leur génie n’est tout simplement pas compris. Or, ils refusent d’écouter ce que les autres ont à dire. Allez à la rencontre des acteurs du milieu de l’édition et écoutez-les. Visitez les salons du livre, mais aussi et surtout les congrès, les foires littéraires, les événements littéraires en tous genres, les conférences d’auteurs et d’éditeurs. Parlez aux éditeurs.

Soyez franc, honnête et pas trop insistant. Soyez dynamique. Montrez-leur que votre projet a du sens, mais sans faire votre pot de colle qui monopolise l’attention au-delà d’une dizaine de minutes, à moins d’avoir été invité à le faire par votre interlocuteur. Faites-vous connaître et apprenez à connaître les autres.

Faites-vous des amis dans le milieu, visitez les forums de discussions, publiez des nouvelles dans des fanzines et magazines. C’est la meilleure façon d’être pris au sérieux et éventuellement publié, car c’est en échangeant que l’on finit par comprendre les buts de chacun et donc y trouver un sens. C’est beaucoup plus difficile, pour un éditeur, de publier quelqu’un dont il ignore tout.

Soyez créatifs! Le talent de votre entourage existe pour être stimulé. Créez votre site Internet, ou celui de votre récit. Illustrez ou faites concevoir les visuels de vos personnages, groupes de personnages, lieux, pays. Demandez à quelqu’un de faire une trame musicale pour votre récit. Attirez l’attention sur votre création avant même qu’elle soit publiée et, par le fait même, constituez-vous une équipe de gens talentueux qui sauront vous accompagner tout au long du processus de publication.

Les artistes de la Renaissance engageaient des dizaines de personnes pour parvenir à réaliser leurs oeuvres : des figurants, des aides techniques, des magasiniers, des cuisiniers, etc. Un auteur consciencieux devrait être aidé de lecteurs, correcteurs, illustrateurs, orateurs, musiciens, relationnistes, contacts médias, diffuseurs, etc. Concevez votre réseau de contacts lentement, mais sûrement, en parlant de votre projet aux gens qui vous entourent, ainsi à qu’à ceux que vous rencontrez. Rappelez-vous : l’écrivain qui réussit est rarement un ermite déconnecté de la réalité. C’est un être social qui sait bien s’entourer.

Enfin, évitez les clichés! Nous en avons marre des elfes, des nains, des dragons, des anneaux, des balais et des écoles de magicien. J.R.R. Tolkien a publié Le Seigneur des Anneaux dans les années 1950. Certaines de ses idées lui viennent du folklore, mais il en emprunté d’autres à Lord Dunsany (Auteur de l’ouvrage-phare La fille du roi des elfes) dans les années 1910 et 1920. Les auteurs qui récupèrent ces idées millénaires ou centenaires n’apportent rien de bien nouveau au genre, en fin de compte.

Il n’y a rien de plus frustant pour un éditeur que de rencontrer un écrivain qui a écrit une langue, inventé un monde, dessiné une carte et écrit un récit sur plusieurs âges qui ressemble en tous points au Seigneur des Anneaux, au Silmarillon et aux Contes et légendes inachevés de J.R.R. Tolkien.

C’est du vol de propriété intellectuel, pur et simple, au même titre que l’écriture de séries à la Donjons et Dragons, Royaumes Oubliés, Ravenloft ou Lancedragon.

2. La relation avec l’éditeur

Il est courant de penser que le monde mérite les fruits de notre imaginaire et que nos écrits devraient être réclamés par tous. L’esprit humain est constitué de rêves et de passions, et parmi ceux-ci, celui d’être écrivain trône parmi les trésors les plus convoités.

Lorsqu’un écrivain entre en relation avec un éditeur toutefois, il doit garder en tête les points suivants :

Publier un livre est un privilège et non un droit.

L’éditeur travaille pour ses auteurs, son lectorat et pour la maison d’édition. Il ne vous doit rien tant que vous n’avez pas signé de contrat avec lui. De plus, s’il signe un contrat avec vous, c’est un peu comme un mariage de raison, une alliance professionnelle. Vous êtes liés l’un à l’autre. L’éditeur doit donc bien réfléchir avant de vous proposer quoi que ce soit.

Le comité de lecture d’une maison d’édition est composé d’humains, non de machines. Il est normal que celui-ci prenne de 6 mois à 3 ans avant de fixer un verdict et d’effectuer ses recommandations aux éditeurs, qui eux vous contactent pour vous annoncer leur décision.

Chaque éditeur peut publier un nombre limité de livres par année. Il se peut que les éditeurs que vous visez ne soient pas capables de vous publier, par manque de ressources ou de temps. Soumettez vos manuscrits au plus grand nombre d’éditeurs possible pour améliorer vos chances. Une fois les manuscrits soumis, n’y pensez plus! Travaillez sur d’autres projets, écrivez des nouvelles, jasez sur des forums de discussion, lisez, perfectionnez votre français écrit, affinez votre imaginaire.

La vie continue!

3. Avant d’envoyer votre manuscrit

Avant d’envoyer votre manuscrit, posez-vous les questions suivantes :

Ai-je corrigé, recorrigé et re-recorrigé mon texte? Bien que cette question puisse sembler agaçante, nous recevons incessamment des textes bourrés de fautes, à un point tel qu’ils sont souvent refusés dès la première page. Vous n’êtes pas parfait : faites corriger votre texte par d’autres personnes.

Ai-je fait lire mon manuscrit à plusieurs personnes? Constituez-vous un comité de lecture personnel. Celui-ci peut vous corriger, vous conseiller et, en prime, vous parler de votre récit. Est-il intéressant? Compréhensible? Logique? Magique? N’oubliez pas que vous publiez, au final, pour les autres, et non pour vous-même.

Est-ce que je vise le bon éditeur? Combien de fois par année Les Six Brumes reçoivent-ils des courriels de gens désirant publier des faits vécus? Ce manque de recherche et d’attention de la part des écrivains est extrêmement insultant, pour un éditeur spécialisé. Vos chances de publier chez un éditeur spécialisé dans un genre autre que celui de votre soumission frisent le zéro.

De plus, ce ne sont pas tous les éditeurs qui acceptent les manuscrits, en ce moment. Visitez leur site Internet fréquemment. Renseignez-vous dans les Salons du livre. Abonnez-vous à des fanzines et à des magazines pour surveiller les nouvelles littéraires. Discutez avec d’autres auteurs sur des forums internautes consacrés à la littérature, pour surveiller les ouvertures.

Mais surtout, écrivez, corrigez-vous, socialisez, soyez patient, sachez bien vous entourer et ne ratez pas une opportunité. Et trouvez-vous un vrai travail, à côté. Très peu d’écrivains publiés vivent de leur plume.

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