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Crépuscules : Philippe-Aubert Côté présente À l’Ère des Jumeaux errants

Crépuscules

Philippe-Aubert Côté présente
À l’Ère des Jumeaux errants

Résumé

Nahual. La terre aux deux soleils. Celle où les dieux ont crée? les humains, les kowai, les phasmes et autres sapiens avant de les abandonner à leur propre évolution. Partis créer de nouveaux mondes, les dieux n’ont laissé que leur parole en héritage. Ainsi que des artefacts magiques, gardés jalousement par une guilde de gardiens dont la mission se transmet par l’hérédité.

Quand elle était enfant, Alya, a noué un lien onirique avec Shamek, le fils d’un gardien – et pas n’importe lequel : celui du « Grimoire » renfermant la connaissance absolue. Devenue adulte, la jeune femme a oublié ce lien et chasse avec d’autres nomades les perles énergétiques pondues par l’étrange faune de Nahual.

Mais le passé resurgit quand l’armée de la cité-État de Jesmelah capture Alya pour la forcer à participer à une périlleuse mission : retrouver et éliminer Shamek pour s’emparer du Grimoire. Alya devra décider entre protéger son ami d’enfance ou obéir à l’instigatrice de cette aventure démente : sa propre mère…

À l’origine des Jumeaux errants, par Philippe-Aubert Côté

Cette histoire de science-fantasy résulte de la collision de deux idées.

La première : un samedi matin de pandémie, Francis, mon conjoint, regardait un épisode de Yu-Gi-Oh à la télévision. Je crois que des personnages essayaient de pénétrer dans un sanctuaire gardé par une sorte de Minotaure – sans doute pour y voler un artefact magique. De mémoire, l’un des personnages se retrouvait à devoir affronter le monstre alors qu’il n’était même pas intéressé à pénétrer dans ledit sanctuaire – ce qui rendait la créature perplexe. Le personnage se sauvait, et le Minotaure voulait le poursuivre, mais comme il ne pouvait le faire sans abandonner son artefact, il restait sur place. Enfin, je crois.

Ce dont je me souviens toutefois, c’est d’avoir eu cette réflexion : être gardien d’objets magiques, ça doit être ennuyant comme travail. Il faut toujours rester au même endroit à surveiller un objet pour barrer la route à ceux et celles qui veulent s’en emparer – je pensai notamment au Chevalier du Graal dans Indiana Jones (700 ans d’attente dans sa caverne avant de voir du monde, ce n’est guère palpitant…).

Puis d’autres idées ont commencé à me trotter en tête : et si être Gardien d’artefact était un métier régi par une guilde? Une tâche qui se lègue de parents à enfants? Et j’ai dit à Francis : « Ça aurait du potentiel, une histoire où un jeune gardien décide de partir voir le monde en emportant son artefact avec lui. Il pourrait créer un joyeux bordel! »

J’ai retourné l’idée en tête, et quand Jonathan Reynolds m’a contacté pour Crépuscules, j’ai décidé que je ferai une nouvelle de science-fantasy sur ce thème. Mais je voulais y associer une seconde idée hétérogène pour envoyer l’histoire dans une direction inattendue… Et le hasard m’a mis sous les yeux un article sur le « sommeil crépusculaire », une méthode d’accouchement auquel aurait recouru la défunte Élisabeth II pour donner naissance à l’actuel Charles III. En gros, on injectait aux parturientes un cocktail de morphine et de scopolamine (drogue employée par les nazis comme sérum de vérité) pour induire un état semi-lucide. La patiente vivait l’accouchement sans trop ressentir de douleur et surtout sans se rappeler celle-ci. Le problème : dans beaucoup de cas, les pauvres mères oubliaient carrément qu’elles avaient accouché. Elles devenaient incapables de nouer un lien avec leurs enfants.

Je tenais ma seconde idée. Je la combinai à la première et rédigeai le texte que vous pourrez bientôt lire dans Crépuscules.

Extrait

« Après trois jours de voyage, Alya embarque avec Maledah et deux gardes dans une nacelle accrochée au ventre d’un coléoptère de taille moyenne, dressé pour le transport aérien. Guidé par un phasme installé dans un cockpit fixé à son pronotum, l’insecte s’éjecte de l’aéronef pour plonger dans les nuages en dessous. Alya a juste le temps d’entrevoir la forteresse volante où on l’a séquestrée, un monstre à multiples hélices normalement employé par les cités-États pour les expéditions militaires. « Tout ça juste pour moi ? demande-t-elle à la technomage.

— Vu ton importance, c’est une dépense minime. »

Dix minutes plus tard, le coléoptère ralentit et les nuages – devenus brume – se déchirent devant un sol graveleux. Il s’y pose en douceur, puis marche vers le côté.

Alya descend de la nacelle, parcourt les alentours d’un regard : difficile de discerner quoi que ce soit dans ces vapeurs, hormis quelques vagues bâtiments aux courbes organiques. L’air embaume le sel de l’océan, le ressac de vagues lui parvient de loin. Quelques cris d’animaux volants. Le calme du littoral. Et le froid.

Un froid dont sa chair se souvient.

Elle doit être déjà venue ici. Il y a très longtemps. Son cerveau a oublié, sa peau, non. « Où sommes-nous ?

— À Torquevalah. Dans le moyen-nord. »

Alya suit Maledah sur une passerelle reliant l’aire d’atterrissage, construite sur une petite colline, à une série de maisons montées sur pilotis, avec des murs de bois soutenus par les os taillés de quelque monstre marin. Entre chaque pilot, un sol boueux, avec des algues, mais aussi des plantes et des arbres. Un milieu médiolittoral, ou un marécage, sûrement dans le delta du fleuve Achar, près de la Cité des Brumes de rêves.

À travers les portes et les fenêtres ouvertes, des gens avec des tabliers ou des sarraus gris interrompent un instant leur besogne pour observer Alya et son escorte, avant d’échanger quelques murmures inaudibles, aux accents contrariés. Ils semblent trier des crustacés fraîchement pêchés.

Après une série de quartiers tous montés sur pilotis, Alya marche à nouveau sur la terre ferme, celle d’une vaste colline – sans doute une île à marée haute – autour de laquelle le village s’est développé. Sur ses flancs, des usines de transformations, avec leurs tuyaux et leurs mécanismes compliqués. Elle se trouve donc dans une communauté de pêcheurs fortunés, qui ne se contentent pas de capturer les fruits de la mer, mais aussi de les transformer et d’en vendre les produits raffinés aux grandes cités. Plus haut, un château en os, bois et pierre, avec des toits concaves pour canaliser les eaux de pluie.

Ce bâtiment… Elle l’a déjà vu dans ses rêves.

Ou dans un souvenir si ancien, si flou, qu’elle l’avait associé au monde des songes.

Elle est née ici. C’est certain. Sa mère et elle viennent de Torquevalah.

Mais un élément jure dans ce décor : au pied du château, et à certains endroits autour du périmètre des maisons, on a planté des lames acérées en biais dans le sol, leurs pointes dirigées vers l’extérieur. Des câbles les relient entre elles, puis à des batteries de perles de foudre. « Qu’est-ce que c’est ? demande Alya.

— Une barrière contre la Tarsie. »

La Tarsie. Alya réprime un frisson, lequel n’échappe pas à Maledah. « Tu la connais, hein ?

— Non.

— Et Shamek ?

— Non. »

Elle dissimule sûrement mal sa surprise, parce que Maledah esquisse un petit sourire.

Le groupe atteint les remparts du château, où des soldats arborant l’arbre doré gardent la porte.

Sur la promenade au-dessus de celle-ci, une silhouette floue dans la brume, une dame âgée, coiffée d’une sorte de tricorne. Elle semble les surveiller.

Sa mère ? Non, cette grand-mère-là lui ressemble, mais est beaucoup trop vieille. Lui ressemble-t-elle vraiment, d’ailleurs ? C’est peut-être une illusion causée par le brouillard.

« Après toi », lui dit Maledah en indiquant l’entrée.

Alya la regarde, puis lève à nouveau les yeux vers les remparts.

La femme au tricorne s’est évaporée. »

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